Les oiseaux

La chasse au vol[1] se pratique schématiquement selon deux modes : la basse volerie et la haute volerie. Le choix de l’un ou l’autre mode est conditionné par différents facteurs dont le plus contraignant est le biotope des territoires de chasse. Le choix de l’oiseau dépend ensuite des inclinations et de la personnalité du chasseur au vol.

L’Équipage Jean de Beaune est né en 1991 dans le bocage bourbonnais dont le morcellement des surfaces agricoles par des haies vives, la multiplicité des espaces arborés, des boqueteaux et des halliers, la proximité et l’étendue des forêts dans lesquelles il s’enclave parfois profondément en clairières immenses, sont autant de remises pour le gibier et autant d’obstacles à la pratique du vol d’amont.

Photo_Harris_AutourL’Équipage Jean de Beaune vole donc des oiseaux de poing, essentiellement  des autours, des éperviers, des buses américaines (buses de Harris, buses à queue rousse), et un aigle royal. Le but de cette petite présentation n’est pas d’analyser leurs particularités ornithologiques, il existe pour cela des traités, mais de décrire leurs aptitudes qui nous les ont fait choisir comme auxiliaires de chasse. Les particularités du vol de ces oiseaux découlent de leurs anatomies respectives.

L’autour et l’épervier sont des voiliers saillants : leurs ailes sont courtes (les anglais les nomment shortwings) et obtuses, les six pennes extérieures, nommées pennes maîtresses, sont émarginées et la plus longue d’entre elles, nommée longue, est la quatrième. Leurs battements rapides leur permettent des départs fulgurants et de fortes accélérations en vol de chasse. Leur queue, nommée balai, est longue. Elle ne sert pas de gouvernail comme on l’a longtemps affirmé, mais améliore la manœuvrabilité du vol en apportant de la portance ou de la trainée et en réduisant le rayon de virage. Ainsi, ces oiseaux sont capables de changements directionnels brutaux très utiles dans les milieux boisés ou pour trousser la plume.
Les caractéristiques morphologiques des ailes de l’aigle et des buses américaines en font des voiliers planants. Leurs ailes sont larges (les anglais les nomment broadwings) et ont une surface portante leur permettant d’utiliser les ascendances pour monter à l’essor. Les six pennes extérieures, nommées pennes maîtresses sont flexibles et fortement émarginées, ce qui a pour effet de réduire la trainée induite et d’étaler la vorticité horizontalement et verticalement, donc de diminuer les résistances à l’air. Les attaques de ces oiseaux, moins spectaculaires en raison d’une fréquence de battement d’aile plus basse (quoique les battements d’aile peu amples de la buse de Harris soient relativement rapides), sont compensées après quelques dizaines de mètres par une vitesse acquise qui résulte d’un volume d’air déplacé plus important.
À titre de comparaison, il faut écrire quelques mots sur le vol des faucons. Ce sont des rameurs, leurs ailes sont effilées en lames de faux (les anglais les nomment longwings), composées de pennes rigides et nerveuses dont uniquement les deux externes sont émarginées. La longue est la seconde penne. Lorsqu’on vole un faucon de poing en fort, il utilise exclusivement le vol battu, menant  son entreprise à tire d’aile.  Mais c’est dans le vol d’amont que la puissance des grands faucons s’exprime le plus merveilleusement lors de piqués vertigineux.

L’AUTOUR (Accipiter gentilis) est l’oiseau éponyme de la basse volerie, longtemps dénommée du terme générique d’autourserie. C’est probablement l’oiseau de vol dont l’utilisation est la plus ancienne dans les pays occidentaux où l’affaitage des faucons ne fut véritablement maîtrisé qu’à partir de la première moitié du XIIIème siècle grâce à l’utilisation du chaperon et du leurre.
Oiseau discret des forêts de l’ensemble de la France, à l’exception du nord-ouest, c’est un chasseur redoutable et polyvalent qu’il n’est pas besoin de créancer tant il entreprend la plume et le poil. Surnommé cuisinier au Moyen Âge, tant parce qu’on le tenait à la cuisine que comme pourvoyeur de la table, on le vole le plus souvent de poing en fort sur un gibier levé ou lancé par les chiens. Son attaque est brutale et déterminée ne cédant en rien à l’efficacité d’un coup de fusil.
De caractère difficile il est tempêtatif, souvent quinteux, et ses réactions restent imprévisibles dans des circonstances inhabituelles, notamment en présence de groupes de personnes ou d’enfants. Ce comportement farouche et asocial retentit souvent sur la personnalité de l’autoursier qui reste habituellement un chasseur solitaire.

Autour

L’ÉPERVIER (Accipiter nisus), le plus petit des oiseaux de basse-volerie mais pas le moins apprécié en raison de son ardeur et de son courage, est un autour en miniature avec la folie en plus. C’est l’oiseau de vol où le dimorphisme sexuel est le plus marqué, le tiercelet, nommé mouchet, ne dépassant pas 150 grammes et la forme 280, voire 300 grammes.
Il se rencontre sur tout le territoire de l’hexagone. Son biotope est à ses dimensions : bocage vallonné, semé de taillis et de prairies dessinées par des haies vives où serpentent ruisseaux et petites rivières.
En action de chasse libre, il randonne furtivement, alternant vol battu et glissades, profitant des accidents du relief et du couvert de la végétation avant de surgir soudainement pour empiéter le malheureux passereau venu croiser inopinément la trajectoire de son vol. Éclair mortel dans un ciel serein !
En mains d’homme, l’épervier est hardi à la proie et peut être mis sur des gibiers qui lui sont disproportionnés; ses entreprises procurent des émotions extraordinaires. On le vole à la couverte le long des haies mais il n’est pas rare de le lâcher sur une perdrix levée devant soi.

Epervier

La BUSE DE HARRIS (Parabuteo unicinctus) fait partie du paysage de la volerie française depuis les années 1980. C’est un oiseau d’origine américaine dont l’aire de distribution s’étend de l’extrême sud des États-Unis à l’Amérique centrale jusqu’à l’ouest du Pérou pour le taxon P. u. harrisi qui est l’espèce que l’on vole en France. La sous-espèce P. u. unicinctus, plus petite et au pennage plus grisâtre et tacheté se trouve en Colombie, au Venezuela, au Chili et en Argentine.
Si l’on fait abstraction de l’aigle royal, la buse de Harris est peut-être l’oiseau de volerie le plus intelligent, pour utiliser un qualificatif anthropomorphe. À l’état naturel, elle est hautement sociale et considérée comme une espèce nicheuse coopérative dans laquelle des groupes de plus de deux oiseaux participent à l’élevage des jeunes d’une aire donnée. Cette socialisation extrême s’exprime dans sa façon de chasser. Les buses de Harris volent naturellement en troupe, par groupes de quatre à six individus ou plus, selon des tactiques de chasse diverses et élaborées. Lorsqu’elles sont nombreuses elles se constituent en unités de deux ou trois oiseaux qui prospectent d’arbre en arbre dans une direction donnée, chaque groupe surveillant en permanence la localisation et le comportement des autres groupes de manière à converger aussitôt vers l’endroit où une proie est repérée avant de mettre en œuvre une technique apparemment coordonnée ou chaque individu a un rôle prédéterminé. Que la proie se mette à couvert, elles la délogent pour la servir à des oiseaux embusqués. Lors d’entreprises de longue haleine certaines buses piquent sur la proie pour l’envoyer vers la trajectoire d’une congénère qui devient à son tour harceleuse et rabatteuse pour les autres membres du groupe.
En main d’homme, on la vole indifféremment du poing ou de guet, et l’on exploite son comportement fortement socialisé pour la voler en compagnie.

Harris

La BUSE À QUEUE ROUSSE (Buteo jamaicensis) est commune dans l’ensemble de l’Amérique du Nord excepté dans l’extrême nord. Sans comparaison avec notre buse variable, c’est un véritable et redouté chasseur doué d’une force de préhension peu commune. Sur le plan morphologique, sa silhouette n’est pas sans rappeler celle d’un aigle. Son vol est plus tendu et plus vif que celui de la buse de Harris et elle est relativement habile à manœuvrer dans les espaces boisés.
En volerie elle est facile à tenir et sa prise en main aisée. On la vole essentiellement sur le poil et sa puissance permet même à son tiercelet d’entreprendre le lièvre avec succès.

Queue_Rousse

L’AIGLE ROYAL (Aquila chrysaetos) se localise en France dans les massifs alpins et pyrénéens, les Causses et la Corse. Il chasse en prospectant le flan des versants montagneux, faisant de longues glissades ou volant près du sol, attentif au moindre indice de présence des marmottes. Il est capable d’entreprendre des chamois ou des isards qu’il déroche de la crête sur laquelle ils évoluent. Mais la base de sa nourriture est constituée de mammifères moins imposants (lièvres, marmottes, lapins, écureuils, …) et plus rarement des oiseaux qu’il est capable de prendre à l’envol ou sur la branche.
Son utilisation en volerie est anecdotique dans l’occident médiéval où il était plutôt redouté comme pilleurs des oiseaux de chasse. Il est cependant cité dans quelques traités de cette époque. Dans les années 1930, les allemands et les hongrois sont les premiers en Europe à avoir développé les qualités de l’aigle royal comme auxiliaire de chasse. En France Jean-Louis Liégeois, notre maître de vol, fut le précurseur dans les années 1970, avec Ara, sa forme d’aigle royal.
L’aigle royal, encore dénommé aigle fauve ou aigle doré, est un oiseau impressionnant dont l’affaitage est réservé à des praticiens confirmés et conscients du danger potentiel qu’il représente  en action de chasse. Puissant, intelligent, exclusif vis-à-vis de son aiglier, il est d’autant plus terrifiant qu’il est souvent imprégné à l’homme. Le recours aux chiens est exclu pour quêter le gibier et la battue est la technique la plus adaptée pour voler le lièvre, le chevreuil ou le renard.

Aigle_Royal

Les noms de nombreux oiseaux émaillent les souvenirs de notre équipage qui fête en cette année 2016 ses vingt-cinq années d’existence. Parmi eux, il faut citer : Leïla (autour), Mémère (autour), Gastounet (épervier), Oscar (tiercelet d’aigle royal), Quincy (tiercelet d’autour), Adolf (tiercelet d’autour), Shabaz (aigle royal), Vidocq (tiercelet d’autour), Vernaculaire (tiercelet de Harris), Whip (autour), Bili-Bili (Harris), Boston (tiercelet de Harris), Farah (autour), Farfadet (tiercelet d’autour), Gala (autour), Griph (tiercelet d’aigle royal), Iris (tiercelet d’autour), Morphée (Harris), Oxo (tiercelet de Harris), Sarembaï (tiercelet d’aigle royal), …
Les membres de l’équipage ont volé parfois des oiseaux moins traditionnels : Faou (crécerelle), Le Cardinal (crécerelle américaine), un spizaète orné et Stephan (aigle couronné).

[1] Les termes de l’art sont en italiques dans le texte. La terminologie de la volerie est riche et précise et n’est pas celle des ornithologues. Le lecteur pourra se référer au Lexique de la chasse au vol (Hubert Beaufrère, Éd. Librairie des Arts et Métiers, Nogent-le-Roi, 2004) pour leurs définitions.

Citation
“ La volerie est à la vénerie ce que les choses du ciel sont à celles de la terre ”
Charles d'Arcussia