Le bocage

Qu’est que le bocage ? C’est un espace paysager du département de l’Allier qui  correspond à la seigneurie du Bourbonnais au XIIème siècle et dont la ville de carte_bocageBourbon-l’Archambault est le cœur. Il est délimité par deux rivières, à l’Est par l’Allier et au Sud par la  Sioule. Le bocage bourbonnais est rattaché à un espace bocager beaucoup plus large qui s’étend jusqu’aux rivages de l’océan Atlantique.

Le terme « bocage » vient du latin « boscus » qui donne « bosc » en ancien français : le « bois », le « bosquet ». Aujourd’hui, le bocage désigne un paysage composé d’un réseau de haies. Le mot « haie » apparaît au XIIème siècle. Il correspond à une clôture faite d’arbres et d’arbustes.

Une haie seule ne témoigne pas d’un paysage bocager. Mais lorsque la présence de haies est très importante et que ces mêmes haies délimitent systématiquement des champs et des prés, alors on parle de bocage.

 

Historique :

Le bocage est une création purement humaine. Il serait né du défrichement de la terre, et serait apparu dès la Préhistoire.
Les Gaulois puis les Romains défrichaient également les terres. Ils transformaient les espaces incultes (non cultivables) en terres exploitables.
Les terres incultes correspondaient aux terres couvertes de forêts, de ronces, de marécages, etc. Mais c’est avec le perfectionnement des techniques agricoles que les espaces bocagers connurent une expansion importante, avec entre autres la mise en place de techniques telles que l’assolement triennal. L’assolement triennal était (et est toujours) une alternance de cultures sur trois années.
« Lors des deux premières années, une parcelle est exploitée (céréales et pâture pour les animaux). La troisième année, elle est laissée en jachère, c’est à dire qu’elle n’est pas cultivée. L’alternance de ces phases de cultures rend utile les haies pour bien différencier les terres cultivées ou non. »

Quel est le rôle de la haie ?
Elle sert à clôturer et à délimiter la terre. Elle sert également à retenir le bétail à l’intérieur du terrain. Il faudra attendre la fin du Moyen-Âge pour que les haies commencent à recouvrir le paysage de façon très importante, et c’est à partir du XVIème siècle qu’elles se répandent de façon massive, et que l’on peut donc véritablement parler de bocage bourbonnais.
Il y a plusieurs raisons à ce développement.
L’agriculture se spécialise dans l’élevage de moutons et de bovins. C’est une des raisons pour laquelle le maillage serré de haies se répand autant, afin de permettre de clôturer le terrain pour laisser paître le bétail.
De plus à cette époque, la noblesse et la bourgeoisie installées en ville vont vivre une partie de l’année à la campagne. Petit à petit, ils acquièrent des terres et constituent de vastes propriétés agricoles : c’est l’apparition des « domaines ».

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Afin de gérer ces domaines, les grands propriétaires terriens mettent en place une nouveau mode d’exploitation : le métayage . C’est un contrat passé entre le propriétaire d’un domaine et un paysan que l’on appelle métayer et qui va exploiter le domaine. Le métayer est logé dans une ferme du propriétaire. Le domaine est vaste et se compose d’animaux (vaches ou moutons), de terres, et de bâtiments.
Un propriétaire pouvait posséder plusieurs domaines. Le métayer et le propriétaire se partageaient la moitié des produits annuels de l’exploitation du domaine, et sur certains domaines, on pouvait trouver jusqu’à quatre ou cinq familles de métayers.

Ces domaines perdureront jusqu’à la fin du XIXème siècle, voire plus.

 

La haie comme limite d’une parcelle de terre.

Depuis le Moyen-Âge, la haie et les arbres qui la composent ont une valeur juridique. La haie permet de délimiter un terrain  précis et de borner une parcelle de terre. Le métayer a l’obligation de l’entretenir et de la renouveler. En contrepartie, le bois des branches lui revient. Le propriétaire garde pour son usage le bois des forêts et les troncs des gros arbres de la haie. C’est pourquoi les fermiers vont récolter les branches par l’étêtage et former des arbres  « têtards ».

Après la seconde guerre mondiale, avec la mécanisation des campagnes, les parcelles de terres ont tendance à s’agrandir. Des haies sont donc coupées. Le bocage disparaît dans certains endroits. Ce phénomène s’accentue avec la mise en place de nouvelles politiques agricoles au niveau européen, créant une mutation des techniques agricoles (agrandissement des parcelles et des tailles d’exploitation, augmentation de la production céréalière, abondance de l’élevage et des zones agricole, etc…).

La haie

On ne peut parler de bocage sans parler de la haie, qui en est la composante primordiale. Qu’est-ce qu’une haie ? C’est une formation végétale de forme linéaire composée de trois strates de végétation.

haieIl existe différents types de haies :

  • La haie « brise-vent », d’une taille supérieure à 2 mètres, offrant sur certaines zones une protection contre la puissance des vents.
  • La haie « brise-vue »,  empêchant le vis à vis (exemple avec une haie de thuya utilisée de manière ornementale).
  • La haie bocagère, de taille plus petite que les précédentes, et remplissant un rôle de clôture et de délimitation des parcelles agricoles (haie typique du bocage Bourbonnais).

L’intérêt de la présence des haies n’est pas qu’esthétique, car elles permettent entre autres de :

  • Maintenir les sols contre les glissements de terrain.
  • Permettre la rétention de l’eau, diminuant l’impact des sécheresses en période estivale.
  • Protéger les cultures et le bétail contre les maladies.
  • Permettre un réservoir de biodiversité végétale et animale. Par exemple, sur dix mètres linéaires de haie, on peut trouver jusqu’à cinquante espèces végétales arbustives et arborescentes différentes, ainsi que 200 herbacées.

La présence d’une haie provoque l’effet de lisière, c’est-à-dire la zone où se rencontrent deux milieux : le milieu forestier et la prairie. Cette zone accueille donc des espèces de deux milieux, et parfois même, des espèces spécifiques offrant un lieu de protection, de reproduction ou de recherche d’alimentation. La haie est un corridor écologique : c’est un couloir composé d’éléments linéaires favorisant le déplacement de la faune et de la flore entre différents milieux naturels.

Exemple : Le lapin de garenne . Il ne peut se développer sur un territoire que si des zones de refuge ou de déplacement lui offrant une protection telle que les haies sont espacées en moyenne de plus de 200 mètres.

Ces couloirs jouent un rôle important dans la recherche d’abris et de nourriture, mais aussi dans la reproduction et la survie des populations. Pour qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle, ces corridors doivent être connectés entre eux et former un réseau.

Exemple : Sans haies, les perdrix connaissent une forte mortalité, l’hiver par manque d’abri, tout comme les crapauds ou encore les hérissons.

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Depuis Mai 2016, le bocage Bourbonnais est classé, mais malheureusement, cette décision politique n’offre en rien une réelle protection à ce milieu particulier, à ce paysage complexe créé par la main de l’homme et qui a besoin de lui pour survivre .
En effet, sans la gestion humaine (notamment la taille), une haie disparaît pour laisser apparaître un simple alignement d’arbres, les essences arbustives disparaissant et ne remplissant plus le rôle de protection et de ressource alimentaire pour la faune, avec à terme une chute de la diversité de la faune sur les territoires concernés.

 À l’heure actuelle, certaines solutions sont mises en place pour valoriser la ressource bois apportée par la taille des haies. Ces résidus de taille peuvent être broyés et utilisés comme paillage pour le bétail, ou bien comme combustible pour les chaudières collectives.

Citation
“ Avance souplement au rythme de la nature, en accord avec elle, car ses rythmes sont parfaits. Il y a une place pour chaque chose et chaque chose y a sa place. ”
Cicéron